Samedi dernier, alors qu'un temps magnifique rayonnait sur San Francisco, j'ai passé ma journée à la lueur des néons a Six Apart avec d'autres collègues... Cela aurait pu être agréable, étant donné que c'était pour la bonne cause... malheureusement l'instructrice n'aimait vraiment pas son boulot. Enfin bref, j'ai quand même appris beaucoup de choses, accessoirement: comment sauver mon prochain (dans une une certaine mesure tout au moins).
Une partie du cours portait sur la responsabilité juridique du secouriste volontaire, et c'est la que j'ai pris connaissance de la ˝loi du bon samaritain˝. Cette loi, qui est présente apparemment dans tous les états dans des formes plus ou moins équivalentes, est faite pour protéger juridiquement la bonne âme qui voudrait secourir quelqu'un.
Le premier point de cette loi tel que présenté par notre instructrice est que cette loi protège quiconque déciderait de ne pas porter assistance à autrui. A ce moment là, le doute m'a envahi et je me suis demandé pendant une seconde si mon anglais approximatif n'avait pas fait un malencontreux amalgame... Mais non! J'avais bien compris, dans l'hypothétique situation ou j'assiste a la chute d'un enfant dans une rivière, je peux me contenter de profiter de cet (horrible) spectacle et personne ne pourra m'en tenir (légalement) rigueur. Ce que je trouve totalement choquant et contre mes principes. Mon éducation m'a depuis longtemps inculqué que je suis censé faire le maximum raisonnable pour porter assistance a la personne en danger. Dans l'exemple ci dessus, rien ne m'oblige a me jeter à l'eau, car je pourrais y rester aussi, mais alerter les secours en plus d'une glorieuse idée est juste l'absolu minimum qui m'empêcherai d'aller en prison...
A partir de là, selon wikipedia [1] il y aurait entre deux et huit états qui auraient intégré le ˝duty to rescue˝ dans leur loi du bon samaritain. Cela étant dit, cette loi ne dit pas grand chose sur la moralité du plus grand nombre, si l'on devait comparer les chiffres de français et d'américains portant effectivement secours à autrui, je ne serai pas étonné que les américains en fassent plus que leurs amis français. En fait mon impression générale est que les américains sont plus charitables que les français [2]. Mais je trouve cela symptomatique d'une société individualiste et sur-règlementée (les avocats y ont généralement la belle vie), je me reconnais beaucoup plus dans une société qui insiste sur l'obligation d'aider son prochain.
Des amis américains m'ont opposé que c'était une question de moralité individuelle et que le ˝gouvernement˝n'avait pas a s'en mêler... aie aie aie. La déclaration universelle des droits de l'Homme stipule (Art 29) [3]:
1. L'individu a des devoirs envers la communauté dans laquelle seule le
libre et plein développement de sa personnalité est possible.
2.
Dans l'exercice de ses droits et dans la jouissance de ses libertés,
chacun n'est soumis qu'aux limitations établies par la loi
exclusivement en vue d'assurer la reconnaissance et le respect des
droits et libertés d'autrui et afin de satisfaire aux justes exigences
de la morale, de l'ordre public et du bien-être général dans une
société démocratique.
Si l'on prend cela comme base, cela me semble d'aller de soi que ˝la non-assistance à personne en danger˝ soit réprimée par la loi, étant donné qu'elle bafoue le droit d'autrui de jouir de sa propre sécurité.
Samedi on a essayé de se conforter comme on pouvait en se disant que dimanche serait aussi certainement très ensoleillé, mais non, il a fait froid et brumeux. Mais au moins, on sait pratiquer le bouche à bouche et le massage cardiaque.
[1] Good Samaritan Law, Duty to Rescue, Non assistance à personne en danger, La loi du bon samaritain en français
[2] Je ne suis pas sûr que l'on puisse comparer tel quel, mais en 2007 les français auraient donné 4.9% de 60 milliards d'euros en dons et mécénat (soit environ 3 milliards d'euros) alors que les américains auraient contribué a 22% de 1.4 trillions de dollars (soit 308 milliards) sources: fr us